Réglementation

Facturation électronique B2B : quelles obligations pour les entreprises ?

Rédaction factureelectronique.info12 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 avril 2026

Le périmètre B2B domestique de la réforme

La réforme de la facturation électronique en France cible en priorité les transactions B2B domestiques, c'est-à-dire les échanges de factures entre entreprises assujetties à la TVA et établies sur le territoire français. Ce périmètre constitue le cœur de la réforme et concerne la très grande majorité des flux de facturation des entreprises françaises.

Le cadre juridique repose sur l'article 289 bis du Code général des impôts, modifié par l'ordonnance n° 2021-1190 du 15 septembre 2021 et complété par la loi de finances pour 2024. Ce dispositif impose à toutes les entreprises assujetties à la TVA de transmettre et recevoir leurs factures sous forme électronique structurée.

~4 millions d'entreprises assujetties à la TVA concernées en France

Qui est assujetti à la TVA ?

Sont assujetties à la TVA et donc concernées par l'obligation de facturation électronique B2B :

  • Les sociétés commerciales (SA, SAS, SARL, EURL, etc.)
  • Les entreprises individuelles et auto-entrepreneurs, y compris ceux en franchise en base de TVA
  • Les professions libérales soumises à la TVA
  • Les associations ayant une activité économique soumise à la TVA
  • Les établissements publics pour leurs activités concurrentielles

Précision importante : Même les entreprises bénéficiant de la franchise en base de TVA (micro-entrepreneurs sous les seuils) sont concernées par l'obligation de facturation électronique. Elles doivent pouvoir recevoir et émettre des factures électroniques, bien qu'elles ne facturent pas de TVA à leurs clients.

Le critère déterminant est l'établissement en France. Les deux parties à la transaction (émetteur et destinataire) doivent être établies sur le territoire français pour que la facture relève de l'obligation de facturation électronique B2B. Si l'une des parties est établie à l'étranger, la transaction relève du e-reporting.

Transactions concernées et exclusions

La réforme couvre un large éventail de transactions commerciales B2B. Il est essentiel de bien comprendre ce qui entre dans le périmètre et ce qui en est exclu pour assurer une mise en conformité complète.

Transactions incluses dans le périmètre

Sont soumises à l'obligation de facturation électronique :

  • Livraisons de biens entre entreprises assujetties établies en France
  • Prestations de services entre entreprises assujetties établies en France
  • Factures d'acompte liées à des opérations B2B domestiques
  • Avoirs (notes de crédit) venant corriger ou annuler une facture initiale
  • Factures de sous-traitance dans le cadre de l'autoliquidation
  • Opérations mixtes avec une composante domestique B2B

Transactions exclues du périmètre

Certaines transactions ne relèvent pas de la facturation électronique B2B mais peuvent être soumises au e-reporting :

Type de transaction Facturation électronique E-reporting
B2B domestique (France-France) Oui Non
B2C (ventes aux particuliers) Non Oui
Export et livraisons intracommunautaires Non Oui
Import et acquisitions intracommunautaires Non Oui
Prestations de services internationales Non Oui

Attention : Les transactions exclues de la facturation électronique ne sont pas pour autant dispensées de toute obligation. Le e-reporting impose la transmission des données de ces transactions à l'administration fiscale. Ne confondez pas exclusion du périmètre de facturation électronique et absence d'obligation.

Cas particuliers

Certaines opérations font l'objet de règles spécifiques :

  • Secteur de la santé : les professionnels de santé exonérés de TVA ne sont pas concernés
  • Secteur bancaire et financier : les opérations exonérées en vertu de l'article 261 C du CGI sont exclues
  • Secteur de l'enseignement : les opérations d'enseignement exonérées sont exclues
  • Associations non assujetties : les activités non lucratives des associations ne sont pas concernées

Le cycle de vie de la facture électronique

L'une des innovations majeures de la réforme est l'introduction d'un cycle de vie normalisé pour chaque facture électronique. Contrairement au circuit papier ou PDF où le suivi est souvent informel, la facturation électronique impose des statuts obligatoires que l'émetteur et le destinataire doivent renseigner via leur plateforme.

Les statuts obligatoires

Chaque facture transite par une série de statuts qui permettent à toutes les parties (émetteur, destinataire, administration fiscale) de connaître en temps réel l'état de traitement de la facture :

  1. Déposée : la facture a été déposée par l'émetteur sur sa plateforme (PPF ou PDP)
  2. Émise : la plateforme émettrice a transmis la facture à la plateforme du destinataire
  3. Reçue : la plateforme du destinataire a réceptionné la facture et l'a mise à disposition
  4. Acceptée : le destinataire a validé la facture et la reconnaît comme conforme
  5. Refusée : le destinataire rejette la facture (erreur, litige, non-conformité)
  6. Encaissée : le paiement a été effectué (statut de suivi du paiement)

Bon à savoir : Le statut « Encaissée » fait partie des données de paiement que l'administration souhaite collecter pour améliorer le suivi de la TVA et lutter contre la fraude. Ce statut permet de vérifier la concordance entre les factures émises et les paiements effectivement reçus.

Délais de traitement des statuts

La réforme prévoit des délais pour le traitement des statuts par le destinataire. En l'absence de réponse dans le délai imparti, un mécanisme d'acceptation tacite peut s'appliquer. Le destinataire dispose d'un délai raisonnable pour accepter ou refuser la facture, au-delà duquel la facture est réputée acceptée.

Ce mécanisme de suivi des statuts apporte une transparence inédite dans les relations commerciales. L'émetteur sait exactement où en est sa facture et peut agir rapidement en cas de refus. Le destinataire, de son côté, dispose d'un workflow structuré pour le traitement de ses factures fournisseurs.

100 % des factures B2B domestiques doivent suivre ce cycle de vie normalisé

Obligations de l'émetteur vs obligations du destinataire

La réforme distingue clairement les obligations de l'émetteur (fournisseur) et celles du destinataire (client). Chaque rôle implique des responsabilités spécifiques qu'il est essentiel de maîtriser pour être en conformité.

Obligations de l'émetteur (fournisseur)

L'entreprise qui émet la facture doit respecter les obligations suivantes :

  • Émettre la facture au format électronique structuré : Factur-X (PDF/A-3 avec fichier XML intégré), UBL (Universal Business Language) ou CII (Cross Industry Invoice)
  • Transmettre la facture via une plateforme agréée : Portail Public de Facturation (PPF) ou Plateforme de Dématérialisation Partenaire (PDP)
  • Inclure toutes les mentions obligatoires : mentions classiques du CGI + nouvelles mentions de la réforme (SIREN du client, catégorie d'opération, adresse de livraison si différente)
  • Suivre les statuts de la facture : vérifier la bonne réception et le traitement par le destinataire
  • Archiver la facture pendant 10 ans dans son format d'origine

Obligations du destinataire (client)

L'entreprise qui reçoit la facture a également des obligations :

  • Être inscrit sur une plateforme (PPF ou PDP) pour recevoir les factures électroniques
  • Consulter et traiter les factures reçues dans les délais impartis
  • Appliquer le statut approprié : accepter, refuser ou contester la facture
  • Archiver les factures reçues pendant 10 ans

Attention : L'obligation de réception entre en vigueur dès le 1er septembre 2026 pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Même si votre entreprise (PME, TPE) n'est pas encore tenue d'émettre, elle doit impérativement être prête à recevoir des factures électroniques de ses fournisseurs conformes.

Tableau récapitulatif des obligations

Obligation Émetteur Destinataire
Inscription sur une plateforme (PPF/PDP) Oui Oui
Émission au format structuré Oui Non applicable
Réception des factures électroniques Non applicable Oui (dès sept. 2026)
Gestion des statuts Suivi Application (accepter/refuser)
Archivage 10 ans Oui Oui
E-reporting (B2C/international) Oui, le cas échéant Non applicable

Mise en œuvre pratique : préparer votre conformité B2B

La mise en conformité avec les obligations B2B nécessite une préparation méthodique. Voici les étapes clés pour structurer votre projet et respecter les échéances réglementaires.

1. Cartographier vos flux de facturation

Avant toute chose, réalisez un inventaire complet de vos flux de facturation :

  • Identifiez le volume mensuel de factures émises et reçues
  • Classez vos transactions par catégorie : B2B domestique, B2C, international
  • Repérez les factures spécifiques : autoliquidation, avoirs, acomptes
  • Évaluez la part de vos flux déjà dématérialisés (EDI, PDF, etc.)

2. Choisir votre plateforme de rattachement

Chaque entreprise doit être rattachée à au moins une plateforme pour émettre et recevoir ses factures. Le choix entre le PPF (gratuit) et une PDP (services avancés) dépend de vos besoins :

  • PPF : adapté aux entreprises à faible volume, saisie manuelle, fonctionnalités de base
  • PDP : recommandé pour les volumes importants, intégration avec vos outils métier, automatisation des flux

Conseil : Vous pouvez utiliser des plateformes différentes pour l'émission et la réception. Par exemple, émettre via une PDP connectée à votre ERP et recevoir via le PPF. L'important est que chaque flux soit couvert par une plateforme agréée.

3. Adapter vos processus internes

La facturation électronique B2B implique des changements dans vos processus :

  • Circuit de validation : mettez en place un workflow d'approbation des factures reçues pour gérer les statuts (acceptation/refus)
  • Rapprochement automatique : configurez le rapprochement entre bons de commande, bons de livraison et factures
  • Gestion des litiges : prévoyez une procédure de refus et de demande d'avoir en cas de non-conformité
  • Archivage : assurez-vous que vos factures sont archivées dans un système conforme aux exigences de conservation pendant 10 ans

4. Planifier la montée en charge

Ne tentez pas un basculement brutal. Privilégiez une approche progressive :

  1. Phase pilote : testez avec un nombre limité de clients et fournisseurs
  2. Extension progressive : élargissez le périmètre au fur et à mesure des validations
  3. Basculement complet : passez à 100 % de facturation électronique avant la date d'obligation
6 mois Délai minimal recommandé pour un projet de mise en conformité B2B

Anticipez les difficultés : Les retours d'expérience des pays ayant déjà déployé la facturation électronique (Italie, Mexique) montrent que les premières semaines sont souvent marquées par des difficultés techniques (rejets, erreurs de format, problèmes de routage). Prévoyez une marge de sécurité dans votre planning.

Questions fréquentes

Poser une question

Vous avez une question sur cet article ou sur la facturation électronique ? N'hésitez pas à nous la poser ci-dessous.

Uniquement pour recevoir une réponse. Non publiée.

Articles connexes

Préparez-vous à la facturation électronique

Consultez nos guides et ressources pour accompagner votre entreprise dans la transition vers la facturation électronique obligatoire.